Introduction
23 avril 1014, Vendredi Saint. Le soleil se lève à peine et la marée est au plus haut. Une armée de milliers de soldats sort des portes de Dublin pour aller se positionner plus au Nord, à Clontarf. L’alliance des forces de Dublin, des Orcades et de Leinster se prépare depuis des semaines à cet affrontement décisif pour le contrôle de la cité. En face d’eux se dresse les armées de Munster et de Tara, des milliers également. Les chefs de guerre exhortent leurs troupes, leur rappelant les exploits des grands guerriers du passé et l’importance de la victoire à tout prix. Les soldats sont en formation serrée, se protégeant en formant un mur de bouclier. Débute alors la bataille de Clontarf, une bataille présentée comme l’affrontement décisif entre les Irlandais et les vikings. Mais quelles étaient les relations entre les Irlandais et les colons scandinaves ? Et quelle a été l’issue de cette bataille ?
Bonjour. C’est Maxime Courtoison. Bienvenue sur le podcast “La Dent Bleue, l’histoire des vikings”. Épisode 15 : “Dublin, comptoir viking”. Ce podcast est un voyage dans le temps pour explorer l’histoire des vikings.
L’épisode d’aujourd’hui est un peu particulier : il s’agit d’un hors-série, intercalé dans notre chronologie. Et restez bien jusqu’à la fin de l’épisode : j’y annoncerai un projet majeur, lié au Nord, très au nord…
Tout d’abord, un peu de contexte personnel. En octobre, j’ai passé 4 jours à Dublin. Un très chouette séjour, mais nous avons eu du ciel bleu, ce qui était très décevant, car ce n’était pas du tout ce qu’on attendait de l’Irlande ! Dublin est une ville fascinante, qui possède de très nombreux musées, célébrant sa riche tradition artistique et littéraire, de Francis Bacon à Oscar Wilde. Mais également sa riche tradition historique et notamment, d’une riche histoire viking ! Deux musées en particulier sont intéressant pour l’amateur de l’histoire des vikings. Alors, je précise que ce n’est pas un partenariat commercial, juste un partage enthousiaste de la visite de la ville et de ses musées !
Commençons par Dublinia, un musée interactif dédié à l’histoire de Dublin à l’époque viking au rez-de-chaussée puis à l’époque normande à l’étage. Ce musée est idéal pour s’immerger dans l’Histoire. C’est un musée sans en être un, car il y a très peu de pièces exposées. On peut plutôt parler d’une expérience que d’un musée. C’est un lieu idéal pour des enfants ou pour des personnes qui veulent faire une activité plus légère qu’un musée classique, mais il laissera un peu sur sa faim l’amateur d’Histoire. Cependant, même si vous êtes un connaisseur de l’histoire des vikings, vous pourrez tout de même apprendre des choses sur l’histoire spécifiques de ces immigrés scandinaves turbulents installés à Dublin.
Si vous cherchez quelque chose de plus pointu, je ne saurais que vous recommander le National Museum of Ireland. Ce musée d’archéologie regorge de pièces magnifiques de toutes les époques, avec notamment de magnifiques œuvres de la préhistoire : une magnifique maquette de bateau en feuille d’or de l’âge du fer ou encore une pirogue en bois d’une seule pièce de 15 mètres de long, très bien conservée et similaire à celles que l’on retrouvait au mésolithique en Scandinavie, à l’époque de nos chasseurs-pêcheurs-cueilleurs. Mais pour revenir à notre sujet, il y a évidemment toute une aile sur les vikings, avec de nombreux objets et explications. Le musée est bien agencé, les explications sont claires et c’est agréable de suivre la chronologie et de voir la finesse des pièces évoluer au fur et à mesure du parcours. Je recommande chaudement, mais c’est plus pour un public d’amateurs de musée.
Enfin, un peu moins dans le thème, on peut aussi découvrir le château de Dublin qui a un lien ténu avec les vikings, car une de ses tours est fondée sur des défenses vikings qui ont été retrouvées lors d’une fouille.
Je me suis dit que ça méritait bien un petit épisode de La Dent Bleue. Dans cet épisode spécial, nous allons balayer toute l’histoire viking de Dublin. Evidemment, on ne peut pas voir toute cette période en rentrant dans le niveau de détail habituel du podcast, donc pour cet épisode spécial, nous allons passer rapidement sur certaines périodes et nous focaliser sur certains rois, certains événements marquants et évidemment, car ça reste La Dent Bleue, sur le mode de vie de Dublin à l’époque viking. Au niveau des sources, j’ai utilisé principalement les informations données par les deux musées afin de ne pas me perdre dans la multitude d’interprétations possibles quand on parle d’Histoire. Les détails habituels viendront en temps et en heure quand la chronologie du podcast arrivera à la fin du VIIIème siècle. L’Irlande occupera alors une place de premier choix dans notre histoire.
Les débuts des vikings à Dublin : 830 – 853
Justement, en cette fin du VIIIᵉ siècle, à quoi ressemble l’Irlande ? L’île est loin d’être unifiée : elle est composée d’une mosaïque d’environ 150 petits royaumes, les túatha. Ces túatha sont souvent regroupés sous la domination de rois plus puissants, les ruirí, qui eux-mêmes reconnaissent parfois l’autorité d’un roi provincial rí ruirech.
Parmi ces ensembles régionaux, on retrouve des noms bien familiers pour les amateurs de rugby : Munstér, Ulster, Leinster, Connacht — mais aussi la dynastie puissante des Uí Néill, dont les branches du Nord et du Sud exercent un pouvoir important. Ces rois rivaux se combattent souvent, tout en reconnaissant parfois la prééminence d’un “haut roi” (ard-rí), une figure honorifique et symbolique plus qu’un monarque absolu. Son autorité est plus symbolique que politique et elle est très fluctuante, dépendant surtout du prestige militaire et des alliances. Le système politique irlandais est donc hiérarchique et fluide, bien loin d’un régime féodal centralisé.
La société est fortement hiérarchisée, mais entièrement dépourvue de villes : le pouvoir s’articule autour des fermes fortifiées, des sites rituels et surtout des monastères, qui sont les principaux centres économiques, culturels et politiques de l’île.
Ces monastères sont souvent mal défendus, ce qui attire l’attention des Scandinaves. Le premier raid enregistré en Irlande a lieu en 795. S’en suivent d’autres dans les décennies qui suivent, mais de façon sporadique. Au début, les vikings attaquent les côtes irlandaises un peu moins d’un an sur deux. Puis à partir de 820, le phénomène s’accélère. Les raids s’intensifient et les Scandinaves s’enhardissent à attaquer plus profondément dans les terres, utilisant les rivières. Un mode opératoire que l’on n’a pas fini de raconter dans ce podcast.
Mais revenons à Dublin. En 830, l’endroit était déjà habité. À côté du fleuve Liffey, il y avait l’ancien village nommé Áth Cliath. Ce nom évoque un gué permettant de traverser la rivière. Un peu plus loin se trouvait un monastère. Celui-ci était situé à côté d’une cuvette d’eau sombre : une mare noire, ou en gaélique « Dubh Linn ». Après quelques raids vikings dans la région et quelques camps saisonniers, des vikings venus d’actuelle Norvège décident de s’y installer définitivement en 841. Ils s’emparent du monastère pour installer un camp naval fortifié permanent sur les bases des installations existantes.
Cette installation de vikings à Dublin est largement prouvée par l’archéologie. De nombreuses excavations ont eu lieu dans la ville, notamment un des plus grands cimetières scandinaves d’Europe de l’Ouest. Au total, on retrouve 81 tombes scandinaves à Dublin. Le ratio de 10 hommes pour une femme nous montre que les premiers colons scandinaves étaient en grande majorité des hommes.
Dublin viking, plaque tournante du commerce d’esclave
Les Scandinaves reprennent le nom gaélique de la mare noire « Dubh Linn » pour nommer leur camp, ce qui donnera Dyflin. De ce camp naval fortifié, ils peuvent lancer des raids sur les régions avoisinantes. Ils y volent les biens, notamment les trésors et reliques des monastères, mais également les personnes. Les vikings capturent de nombreux Irlandais et utilisent deux moyens complémentaires pour s’enrichir grâce au trafic humain : la rançon et le commerce d’esclave. Si la personne capturée avait des proches aux poches suffisamment pleines pour payer la rançon, elle pouvait repartir libre. Sinon, la personne était vendue comme esclave au plus offrant et pouvait partir travailler parfois à des milliers de kilomètres de ses terres d’origines. Petit à petit, Dublin devient une plaque tournante du commerce d’Esclave en Europe du Nord-Ouest.
Il est cependant important de préciser que les vikings n’ont pas créé cette pratique atroce qu’est l’esclavage. Le trafic humain était pratiqué par pratiquement toutes les sociétés, dans le monde entier : dans l’Europe carolingienne, en Scandinavie, dans le monde islamique, à Byzance, etc. En Irlande également, l’esclavage est une pratique courante avant l’arrivée des vikings, tout comme le pillage de monastère, d’ailleurs. Les vikings d’Irlande s’inscrivent dans un commerce existant, avec des besoins en esclaves dans toute l’Europe et développent un business model particulièrement bien rôdé, en maîtrisant à la fois l’approvisionnement en esclave via leurs raids, la commercialisation à Dublin et la distribution internationale via un réseau maritime de marins talentueux.
Olaf le blanc et Ivar le désossé, rois de Dublin
En 851, dix ans après la fondation de Dublin par des vikings issus de l’actuelle Norvège, un groupe de vikings rivaux, venant de l’actuel Danemark attaquent Dublin et tuent de nombreux habitants. Cette attaque est un événement dans le cadre d’un phénomène plus global de lutte de pouvoir entre deux factions vikings en Irlande. Il est très intéressant de noter que les annales locales les différencient clairement, et ce par leur couleur et probablement leur couleur de cheveux ! Nous avons les Fionn-Gall – étrangers clairs – et les Dubh-Gall – étrangers sombres. Ces appellations donneront plus tard les noms de familles irlandais Dougal et Fingal. En faisant un raccourci, les Fionn-Gall – étrangers clairs – sont les Norvégiens et les Dubh-Gall – étrangers sombres – sont les Danois. En réalité, c’est plus compliqué que ça, mais gardons ça pour un futur épisode de La Dent Bleue.
En 853, deux ans plus tard, Olaf le blanc débarque à Dublin et fonde le royaume de Dublin. Olaf le blanc est né en Irlande et est fils de viking. Selon certaines sources, son arrière-grand-père serait Sigurd Serpent dans l’œil, fils de Ragnarr loðbrók, mais c’est complètement impossible chronologiquement. Et là, si vous avez vu la série Vikings, vous êtes peut-être en train de frétiller. Et ce n’est pas fini. Olaf a été marié à Auðr djúpúðga Ketilsdóttir, Aud la très sage, fille de Ketill au nez plat et une des pionnières de la colonisation de l’Islande. Mais ça, c’est une autre histoire. Plus tard, Olaf est rejoint par son frère Ímar, qui est potentiellement le légendaire Ívarr hinn Beinlausi, à savoir Ivar le désossé, ou plus simplement Ivar Ragnarsson, fils de Ragnarr loðbrók, encore lui. Chronologiquement ça peut se tenir cette fois. Mais on voit bien qu’il ne peut pas être à la fois frère d’Ivar et arrière-petit-fils de Sigurd Serpent dans l’œil, un autre fils supposé du semi-légendaire Ragnar.
Après avoir conquis une partie de l’Irlande avec la Grande Armée Païenne – The Great Heathen Army comme ils disent outre-manche – Ivar a rejoint son frère Olaf le blanc en Irlande pour régner ensemble sur les Norvégiens d’Irlande. Leur règne commun durera une vingtaine d’années jusqu’à la mort d’Olaf en 871 puis d’Ivar en 873.
La vie dans le Dublin des IX – Xème siècles
Le commerce florissant de Dublin attire de plus en plus de colons et une petite ville se développe. Mais les vikings ont-ils fondé Dublin, comme on a coutume de le dire ? Eh bien, oui et non. Il y avait déjà un monastère et un hameau, comme nous l’avons vu. Les vikings vont saisir ce qui existait et le développer. Le monastère devient un camp fortifié et une base permanente, puis un port commercial auquel s’ajoute des quartiers d’habitations, des ateliers, un réseau de rue, un marché et une forte concentration démographique. Dublin devient petit à petit une ville. L’Irlande était complètement rurale avant l’arrivée des vikings. Des concentrations de population existaient sous la forme de hameau ou de monastères, mais pas ce type de ville que développent progressivement les Scandinaves avec Dublin, mais également plus au sud Wexford, Waterford, Cork et Limerick.
Allons visiter cette ville de Dublin en plein expansion. L’architecture de la ville tranche avec celle des autres maisons de colons scandinaves en Irlande. Dans le reste du pays, les colons ont construit des maisons avec une double-couche de clayonnage, c’est-à-dire avec des poteaux et des branches entremêlées. Entre ces deux couches, une isolation était effectuée avec des végétaux. À Dublin, les vikings ont profité de l’abondance de forêts environnantes pour construire des maisons avec des planches verticales. Entrons dans l’une d’elle et découvrons comment vit une famille de colons scandinaves à Dublin.
La maison est assez basse et composée d’une unique pièce de vie rectangulaire où toute la famille vit, travaille, mange et dort. Enfants, parents, grands-parents ainsi que les oncles et tantes non mariés vivent ensemble. Une porte se situe au milieu de chacun des petits côtés de ce rectangle. Le sol de cette maison est recouvert de planches, ce qui est un sacré avantage quand il pleut. D’autres ont mis un tapis de gravier recouvert de pierre plates, tandis que certaines maisons sont à même la terre. Sur les longs côtés du rectangle, à gauche et à droite quand on rentre, des plateformes servent de sièges la journée et de lit la nuit. Au centre se situe le cœur de la maison, le foyer avec le feu pour se réchauffer et pour cuisiner. Mais également pour s’éclairer, car sans fenêtre, le feu constitue la seule source lumineuse dans une maison bien sombre… et bien enfumée. Car il n’y a pas de cheminée, seulement un trou au plafond au-dessus du foyer.
C’est l’heure du repas et on m’invite à manger. Il n’y a pas de table, la majorité d’entre nous s’assoie sur les lits pour manger, certains s’assoient sur des tabourets. On me sert du pain, évidemment. Ici, c’est la nourriture principale car la culture céréalière est le pilier de l’économie. Mais comme toute bonne société indo-européenne qui se respecte, la richesse d’une famille se mesure à son bétail. D’ailleurs, aujourd’hui on va manger du mouton et on me précise que c’est rare. Car ici, les moutons sont surtout utilisés pour leur laine. La viande vient surtout des bovins, mais aussi des cochons et des chèvres. Les produits laitiers, les fruits de mer, les poissons et les haricots complètent le régime alimentaire des colons. Ceux-ci mangent également beaucoup de fruits : des pommes, du sorbier, des mûres, des myrtilles et des prunelles. Mais tout ça, ça donne soif ! Avant même d’avoir le temps de demander, la maîtresse de maison – car c’est un de ses rôles chez les Scandinaves de l’époque viking – me sert une bière, issue de la culture d’orge locale, dans un gobelet en bois. « Figure-toi qu’avant qu’on arrive, les habitants de cette île n’avait jamais bu de bière ! », me précise-t-on fièrement en me donnant une petite tape dans le dos, pendant que j’étais au milieu de ma gorgée évidemment. Je ne dis rien pour ne pas faire le méchant touriste français, mais j’ai vu tout à l’heure que leurs voisins buvaient du vin, eux.
Après le repas, chacun vaque à ses activités, toujours éclairés par la douce lueur du feu. On me propose une partie de jeu de société : ça tombe bien j’adore. Bon, je ne comprends pas toutes les règles, mais cela se joue sur un plateau en bois, avec des pièces également taillées dans du bois. Dans d’autres familles, certains jouent avec des pièces en pierre, en os ou encore en ivoire de morse, mais le bois reste le matériau le plus commun. Sur le banc d’en face, les grands-parents jouent de la musique : la harpe et la flute s’accompagnent dans une mélodie lancinante. Dans cette ambiance animée, les enfants jouent avec des petits bateaux, des toupies ou des épées en bois.
Après une bonne nuit de sommeil et un bon petit déjeuner, je quitte cette bien agréable famille de Scandinaves. Ces vikings m’ont proposé d’aller faire un petit raid en Ecosse avec eux, mais j’ai aimablement décliné la proposition. Comment auditeur fictif ? Ça aurait été une superbe occasion de documenter un raid viking ? Euh oui, c’est vrai. Comment ? Si c’est parce que j’ai peur ? Euuuuuh non, pas du tout ! J’ai pas le temps moi, j’ai un podcast à enregistrer ! Allez, zou, reprenons notre chronologie là où nous l’avions laissée.
Histoire de Dublin : de 853 à 989
Le règne d’Ivar et d’Olaf était marqué par une forme de cohésion autour d’un duo de chefs puissants dominant un royaume unifié. Après leur mort, cette cohésion se perd. Chacun veut être le nouveau calife. On a de multiples rois, au sein de la dynastie d’Ivar, mais pas seulement. On en vient à un point où la durée de vie d’un roi de Dublin approcherait presque celle d’un premier ministre d’Emmanuel Macron ou d’un entraineur du FC Nantes sous Waldemar Kita. Cette instabilité affaiblit le royaume de Dublin, qui reste tout de même suffisamment fort pour repousser les attaques des royaumes irlandais voisins.
Depuis bien longtemps, les rois irlandais sont divisés et s’attaquent sans cesse entre eux. Les vikings le savent et ils ont allègrement utilisé ces rivalités en divisant pour mieux régner. S’alliant avec un roi pour en attaquer un autre et prendre une part du butin. Mais au début du Xème siècle, ce qui semblait impossible arriva. Des royaumes irlandais s’unissent dans une grande coalition, s’attaquent à Dublin et prennent la ville. Après 60 ans de domination scandinave, Dublin passe aux mains des Irlandais en 902.
Mais les descendants d’Ivar ne s’avouent pas vaincus. 15 ans plus tard, en 917, Dublin est reprise par Sitric Gale, petit-fils d’Ivar. Dublin est de nouveau scandinave ! Enfin en réalité, les Scandinaves d’Irlande ne sont plus 100 % scandinaves. Ce sont des communautés mixtes et dès la seconde génération, la majorité des habitants de Dublin ont des parents d’origine mixte : locale et étrangère. Les premiers migrants scandinaves étant majoritairement des hommes vikings, le profil classique de la seconde génération est un enfant de père norvégien ou danois et une mère irlandaise. Ces enfants acquièrent alors une double-culture gaélique et norroise et portent souvent un prénom norrois et un patronyme gaélique. La dynastie des rois de Dublin est une aristocratie scandinave-gaélique. Pour désigner la population mixte, on parle parfois d’une population hiberno-norroise.
La dynastie d’Ivar reste au pouvoir sur plusieurs générations, jusqu’à Olaf Cuarán en 980. Cette année est marquée par la grande bataille de Tara mettant aux prises les forces de Máel Sechnaill mac Domnaill, roi des Uí Néill du Sud et les forces hiberno-norroise d’Olaf Cuarán. J’espère que vous appréciez les efforts de prononciation gaélique. Cette bataille se solde par une victoire totale des Uí Néill. Olaf Cuarán abdique et se retire dans le monastère d’Iona, où il meurt peu après. Les Irlandais reprennent Dublin, libèrent des esclaves et otages, prennent un tribut et soumettent la ville, mais ne la colonisent pas de façon permanente. S’en suit une période d’instabilité de 9 ans à l’issue de laquelle les Scandinaves parviennent à s’organiser et à s’unir autour du fils d’Olaf Cuarán : Sitriuc mac Amlaíben gaélique, alias Sigtryggr Silkiskegg en vieux norrois, alias Sitric à la barbe de soie en français.
989 – 1036 : Sitric à la barbe de soie
En 989, Sitric devient donc le roi de Dublin. Son règne durera jusqu’en 1036, soit 47 années, une période considérable de l’histoire du Dublin viking. Bon, cela n’a pas été 47 années continue, il a parfois été forcé de quitter le pouvoir, puis il est revenu. Roi de Dublin, ce n’est pas un long fleuve tranquille. Son règne, en plus d’être long, est marqué par une grande première : Sitric fait frapper une monnaie propre au royaume de Dublin. Une monnaie portant une représentation symbolique du portrait du monarque et affublée de l’inscription « SITRIC ROI DE DUBLIN ». Ces pièces permettaient de renforcer le statut du monarque, mais également de maîtriser l’économie locale.
Sitric était chrétien et parlait aussi bien le vieux norrois que le gaélique. Lors de son règne, le métissage de la population se renforce et Dublin devient une ville avec sa propre culture issue des vikings comme des Irlandais. Côté religion, c’est le christianisme qui est largement pratiqué à Dublin. En plus de son activité d’import-export florissante grâce à son port, la ville se dote de nombreux artisans talentueux. D’un simple port de commerce, Dublin est devenue une ville prospère. Mais cette prospérité va attirer les convoitises…
1014 : La bataille de Clontarf contre Brian Boru
La ville est souvent attaquée par des rois rivaux et souvent, la seule solution de Sitric pour empêcher le pillage de sa ville est de leur payer un tribut. Après une bataille en 999, Sitric se soumet à Brian Boru, Haut Roi d’Irlande. Sitric reste roi de Dublin met fait allégeance à Brian Boru. Pour sceller cette relation dans le temps, Sitric se marie avec Sláine, la fille de Brian Boru, et Brian se marie en retour avec Gormflaith, la mère de Sitric. Brian devient donc le beau-père de Sitric dans les deux sens du terme. Eh ouais.
Au-delà des liens familiaux qui les lient maintenant, il y a un vrai changement politique. Sitric devient vassal de Brian et Dublin est alors assujetti au royaume de Munster, gardant son autonomie au quotidien, mais devant payer un tribut annuel au royaume de Munster.
14 ans se passent, puis Sitric sent le vent tourner et reprend son autonomie en 1013. Il s’allie avec le roi de Leinster pour se rebeller tous deux contre le haut roi d’Irlande Brian Boru. Après cette révolte, Brian Boru est obligé de réagir, il ne peut pas permettre à Sitric de prendre son indépendance. Car si Dublin représente un pouvoir politique mineur à l’échelle de l’Irlande, elle est un port commercial de grande importance et représente probablement la plus grande source de richesse de toute l’île. Dublin, c’est un accès à beaucoup d’argent, de mercenaires, d’armes et de bateaux. Pour Brian Boru, c’est une pièce essentielle pour sa domination de toute l’Irlande.
Brian assiège donc Dublin, mais il ne parvient pas à rentrer dans la ville avant l’hiver et finit par retirer ses troupes, sachant que ce n’était que partie remise. S’ensuit une période de calme relatif, le calme avant la tempête où chaque camp se prépare à l’inéluctable bataille. Brian renforce son armée avec des forces irlandaises de Munster et Connacht, mais également avec des forces scandinaves. De son côté, Sitric, en plus de maintenir son alliance avec le roi de Leinster, cherche du renfort dans les communautés scandinaves de l’île de Man, à l’est de l’Irlande et des Orcades, l’archipel au nord de l’Ecosse.
Présentons officiellement tous les différents chefs de guerre présents.
À ma gauche, Brian Boru, devenu par conquête roi de la province de Munster, puis reconnu comme Haut roi d’Irlande. À ses côtés, Máel Sechnaill mac Domnail, roi de Tara, issu de la très puissante dynastie des Uí Néill, et ancien haut roi d’Irlande jusqu’en 1002, année où il est renversé de ce rôle par Brian Boru pour devenir son sujet.
À ma droite, Sitric, roi de Dublin et gendre de Brian. À ses côtés, Máel Mórda mac Murchada, roi de Leinster et beau-frère de Brian. Décidément, c’est une histoire de famille. Et pour compléter ce camp, Sigurðr Hlodvirsson, surnommé Sigurðr digri « Sigurd le gros », jarl des Orcades, possédant la flotte la plus puissante de la mer d’Irlande. Une sacrée force de frappe côté dublinois. Avant de démarrer le combat, une mention spéciale pour Gormflaith, la mère de Sitric et femme de Brian, qui a potentiellement joué un rôle dans toute cette affaire. Si l’on en croit des écrits tardifs, c’est elle qui a provoqué la bataille en poussant son frère Máel Mórda mac Murchada, roi de Leinster à s’allier avec son fils Sitric, roi de Dublin, contre son mari Brian Boru. Oui, si vous pensiez que vos histoires de famille étaient complexes, vous pouvez vous rhabiller ! Bon, relativisons un peu car le personnage de la femme manipulatrice qui pousse les hommes au combat est un poncif que l’on retrouve très régulièrement dans la littérature médiévale. Cela ne veut pas dire que ce n’était pas le cas ici, mais ne le prenons surtout pas pour argent comptant.
Pour attirer Sitric et son armée en dehors des murs de Dublin qu’il n’avait pas réussi à franchir l’année passée, Brian saccage les terres autour de la ville. L’armée de Sitric et ses alliés Máel Mórda et Sigurð le gros sort alors et s’engage dans une bataille ouverte contre celle de Brian Boru et son allié Máel Sechnaill et tout ce petit monde va se retrouver à Clontarf, dans la banlieue nord de Dublin. Débute alors la bataille de Clontarf, bataille décisive pour l’histoire de l’Irlande, une bataille où les Irlandais pourraient enfin renvoyer les vikings d’Irlande et reprendre leur liberté !
Oula, je me fais emporter par le roman national irlandais là ? La bataille de Clontarf est un événement majeur du roman national irlandais et est souvent présenté comme une grande bataille des Irlandais contre les envahisseurs vikings. Mais en réalité, nous avons vu à la liste des belligérants qu’il y avait des Irlandais et des Scandinaves dans le camp de Brian Boru comme dans celui de Sitric. De plus, nous avons vu que les Scandinaves se sont intégrés et mêlés à la culture irlandaise depuis de nombreuses générations. D’un côté, Sitric est né en Irlande, d’une mère irlandaise et est marié à une Irlandaise. Est-ce vraiment un Scandinave qui affronte un Irlandais ? D’un autre côté, Sitric est allé cherché des alliés du côté des vikings des Orcades, preuve que la connexion scandinave restait d’actualité. En réalité, cette bataille a pour but la domination de Dublin, bastion économique et militaire majeur. Brian veut rester le chef de Sitric pour avoir sa part du gâteau dublinois alors que Sitric veut être indépendant et garder tout le gâteau pour lui. Et les soldats qui se battent pour eux sont emportés dans cette lutte de pouvoir.
Malheureusement, nous n’avons aucune trace archéologique de la bataille de Clontarf, mais celle-ci est documentée par de nombreuses sources écrites irlandaises, écossaises, galloises, islandaises et françaises. Les annales d’Ulster sont considérées comme une source fiable et proche de l’événement, mais voici la seule information qu’elle fournit « Une bataille acharnée s’est déroulée entre eux, comme on n’en avait jamais vu auparavant. » C’est tout ?! Pour ce qui est du détail, on repassera ! Les sagas islandaises, comme la géniale saga de Njal le brûlé ou la saga des Orcadiens nous donnent des détails beaucoup plus riches et fleuris, mais bon, elles ont été écrites environ deux siècles après les faits et sont plutôt à ranger du côté des romans historiques que des livres d’Histoire. D’autres sources sont carrément des œuvres de propagande nationaliste, comme le livre « La guerre des Irlandais contre les Etrangers », écrit presqu’un siècle après la bataille. Oui, au moins, c’est explicite ! On y retrouve à la fois des détails probables et des détails très fantaisistes, mais ce récit nationaliste a exercé une influence immense sur l’historiographie irlandaise. Et donc, en réunissant toutes ces sources, qu’est-ce que l’on peut dire de cette grande bataille de Clontarf ? Je vous offre ma version romancée, reprenant au mieux nos sources.
23 avril 1014, Vendredi Saint. Le soleil se lève à peine et la marée est au plus haut. Une armée de milliers de soldats sort des portes de Dublin pour aller se positionner plus au Nord, à Clontarf. L’alliance des forces de Dublin, des Orcades et de Leinster se prépare depuis des semaines à cet affrontement décisif pour le contrôle de la cité. En face d’eux se dresse les armées du Munster de Tara, des milliers également. Les chefs de guerre exhortent leurs troupes, leur rappelant les exploits des grands guerriers du passé et l’importance de la victoire à tout prix. Les soldats sont en formation serrée, se protégeant en formant un mur de bouclier. La bataille commence par des jets de projectiles. Tout en avançant, des javelots sont lancés, des flèches sont tirées. Puis les armées se rencontrent, les murs de boucliers s’entrechoquent. Les coups d’épées, de haches et de lancent mutilent et tuent les soldats adverses. Chaque soldat tombé du mur de bouclier est remplacé par le suivant. Jusqu’à ce qu’une formation se brise et perde du terrain. Et alors là, l’organisation calibrée du mur de bouclier fait place à des combats désorganisés au corps-à-corps. La bataille dure toute la journée, aucun camp ne cédant devant l’autre. Mais finalement, au coucher du soleil, l’armée de Sitric finit par rompre et fuir. Mais leur salut n’est pas encore assuré, car la marée haute, de retour, complique la fuite et les rend à la merci des assauts de leurs adversaires qui les chassent.
Devant un sol jonché de milliers de cadavres, le camp de Munster et de Tara est vainqueur de la terrible bataille de Clontarf. Mais à quel prix ? Car parmi le tas de cadavre se trouve celui de Brian Boru, feu haut roi d’Irlande et celui de son fils aîné. S’ensuivra une lutte fratricide des enfants de Brian pour la domination du royaume de Munster. Une lutte remportée par Donnchad, fils de Brian et de la redoutable Gormflaith. Le titre de haut roi d’Irlande, lui, sera récupéré par son ancien propriétaire, Máel Sechnaill mac Domnail, qui était dans le camp des vainqueurs à Clontarf. Enfin vainqueur, c’est tout relatif. Certes, ce sont eux qui sont restés sur le champ de bataille jusqu’au bout. Mais Brian Boru est mort. Et ni Donnchad ni Máel Sechnaill ne seront aussi puissant que l’a été Brian.
L’autre camp a également essuyé de nombreuses pertes du côté des chefs. Máel Mórda mac Murchada, roi de Leinster, est tombé à Clontarf, tout comme le puissant jarl des Orcades, Sigurðr digri. Quant à Sitric, il a survécu à la bataille et à la retraite compliquée de ses troupes. Malgré la défaite, il réussit à conserver sa position à Dublin, qui continuera de prospérer. Cependant, son pouvoir a lui aussi a été affaibli par la bataille. En fait, il n’y a eu que des perdants à l’issue de la bataille de Clontarf. Tous les camps se sont affaiblis, de sorte à ce qu’aucun d’entre eux ne puisse plus devenir dominant en Irlande.
Malgré cela, la bataille de Clontarf a une place prépondérante dans l’histoire irlandaise. C’était avant tout un immense bain de sang, des milliers de soldats morts, mais aussi des rois et des nobles qui trépassent. Mais surtout, dans le roman national irlandais, c’est la mort victorieuse et martyre de Brian Boru qui est l’événement principal de cette bataille. Un roi qui a marqué l’Histoire par sa domination de l’île et qui restera dans la mémoire collective des Irlandais, notamment grâce à l’auteur ou aux auteurs de « La guerre des Irlandais contre les Etrangers », qui décrit Brian Boru comme un brave roi chrétien qui a libéré l’Irlande de l’oppression d’un roi viking païen. Bon, précisons tout de même que Sitric était aussi chrétien, mais, l’auteur a dû l’oublier. Brian Boru est resté un symbole de l’Irlande indépendante, tout comme sa harpe, dont vous avez déjà probablement vu la représentation, car c’est le logo de la bière Guinness.
Le règne de Sitric, qui se prolongera 22 ans après la bataille de Clontarf, poursuit une tendance présente depuis une centaine d’année pour Dublin. La puissance militaire et politique du royaume décline, tandis que sa puissance économique est plus grande que jamais. Sous le règne de Sitric, la ville prospère, même après la bataille de Clontarf. Rappelons-nous qu’avant l’an 1000, Sitric était devenu le premier roi d’Irlande à battre sa propre monnaie, ce qui lui avait permis à la fois de contrôler et stabiliser l’économie et de renforcer son autorité, sa légitimité et son prestige.
En 1028, Sitric réalise un pèlerinage à Rome et à son retour fonde la cathédrale de Christ Church dans le cœur de Dublin, située à la sortie du musée Dublinia. Deux actes très prestigieux. Sitric réussira bien longtemps à naviguer dans les eaux troubles de la politique irlandaise, changeant régulièrement d’alliés et d’allégeance, mais l’exceptionnelle durée de son règne, 47 ans, prendra finalement fin en 1036. Il est déposé par le roi hiberno-norrois de Waterford, autre cité irlandaise fondée par les vikings plus au Sud. Il part en exil et meurt en 1042, peut-être au Pays de Galles, âgé de 72 ans. Il aura eu une empreinte considérable sur l’histoire de Dublin, aussi bien par son rôle de belligérant de l’affaire Brian Boru que par sa construction de la cathédrale de Christ Church, le plus ancien site ecclésiastique monumental encore en usage à Dublin.
Les artisans de Dublin à l’époque viking
Dublin qui s’urbanise de plus en plus, avec un centre urbain plus reconnaissable et une cathédrale. La ville a bien changé depuis la dernière fois que j’y suis allé ! Reprenons notre costume de voyageur temporel et baladons-nous dans cette Dublin du début du XIème siècle. Les rues de Dublin regorgent de commerçants et d’artisans aux savoir-faire spécialisés. Ici, un bijoutier vend des colliers, des amulettes, des marteaux de Thor, des bagues, des broches, fabriqués avec des matériaux très variés : pierre, verre, ambre, bois, jais, cuivre, bois de cervidés, argent, plomb, or… On retrouve également des petits objets du quotidien comme des cure-ongles ou cure-oreilles en cuivre. Les objets en métal sont parfois forgés, parfois moulés dans des moules en pierre ou en céramique. Plus loin, un marchand me propose des foulards et des bonnets en soie, tous importés, qui m’ont l’air de très grande qualité.
Je passe à côté d’un menuisier qui ne semble pas manquer de commandes. Ici le bois est une ressource multi-usage. Le bois est évidemment utilisé pour de gros ouvrages comme les maisons et les bateaux. Le menuisier qui est en face de moi m’énumère fièrement tout ce qu’il est capable de produire : des rabots, des bols, des assiettes, des gobelets, des manches pour les travailleurs du cuir, des pièces de jeu de société, des jeux d’enfants, des cuillères, des pelles… Les travailleurs du bois sont de vrais artistes, me dit-il en me montrant des gravures sur bois qu’il a réalisé sur des petits couvercles ou sur de larges planches. « Regardez ce style, ça nous vient de Norvège ! » Je reconnais en effet le style que les archéologues modernes appellent Ringerike, mais avec de légères variantes locales. Je continue ma balade et j’arrive devant un petit marché aux esclaves, nettement moins florissant qu’à ma dernière visite. L’Eglise a serré la vis sur la question de l’esclavage des chrétiens ces dernières années et cette façon de gagner sa croute devient de moins en moins acceptée. Mais tant qu’il y aura de la demande, il y aura des fournisseurs.
De la bataille de Clontarf à l’arrivée des Normands
Terminons la chronologie du Dublin viking. La ville continue à se transformer et le commerce d’esclaves se termine définitivement au cours du XIème siècle. Dans les années 1100, la ville se dote d’une enceinte défensive en pierre, traversée de portes. L’ancien gué sur le fleuve Liffey, le fameux Áth Cliath est remplacé par un pont en bois. En peu de temps, l’intérieur des remparts se remplit de maisons, d’ateliers et de petites églises, signe d’une ville qui se densifie. Mais la place se faire rare et certains construisent en-dehors des murs de la ville, créant des banlieues. Banlieues qui se peuplent également de monastères et d’églises, pour répondre aux besoins religieux d’une population en croissance. Dublin n’est plus un camp viking, mais bel et bien une ville médiévale.
Progressivement, le royaume de Leinster, situé au Sud-Est de l’île, exerce son influence sur le royaume de Dublin. Le royaume reste aux mains des descendants d’Ívarr. Ils s’en revendiquent tous en tout cas. Mais ces rois ne sont pas indépendants, ils sont sous l’égide des rois de Leinster.
Malgré la baisse de l’importance politique de Dublin, la ville reste un centre économique très important, profitant d’un commerce très lucratif avec l’Angleterre voisine, désormais sous domination normande depuis 1066 et l’arrivée de Guillaume de Normandie. Ce dernier en a d’ailleurs profité pour améliorer son surnom grâce à l’invasion ultra-violente de l’Angleterre, passant de Guillaume le Bâtard à Guillaume le Conquérant. Oui, c’est quand même beaucoup plus classe pour la postérité.
Mais ce commerce avec l’Angleterre va faire des envieux de l’autre côté de la mer d’Irlande. Car les Normands ont quand même la réputation de bien aimer s’approprier des richesses. Ce n’est pas les seuls d’ailleurs, ça fait des siècles que les rois irlandais essaient de s’approprier les bénéfices du commerce dublinois. Mais la différence réside dans la force de frappe du royaume anglo-normand, unifié grâce à leur colonisation complète de l’Angleterre, désormais sous la dynastie Plantagenêt.
Mais c’est bien un roi irlandais qui va faire rentrer le loup dans la bergerie. Au milieu du XIIème siècle, Diarmait Mac Murchada est roi de Leinster. Dublin a toujours un roi de la dynastie d’Ivar, mais il est placé sous la suzeraineté du roi de Leinster. En 1167, alors qu’il règne depuis 40 ans, Diarmait Mac Murchada est chassé par le Haut Roi d’Irlande. Il demande alors le support d’Henri II d’Angleterre, qui le lui donne, sous la forme de Richard FitzGilbert de Clare, surnommé Strongbow, Arc-Fort. Comme les Irlandais, appelons-le Strongbow pour la suite, parce qu’Arc-Fort, ça sent un peu le calumet de la paix.
Avec d’autres aristocrates anglo-normands, Strongbow rassemble une armée conséquente et débarque en Irlande deux ans plus tard en 1169. Très rapidement, ils prennent les cités portuaires anciennement vikings de Wexford et de Waterford et enfin, le joyau économique du pays : Dublin. Le dernier roi scandinave de Dublin fuit et mourra en exil. Dans la foulée de ses succès militaires, Strongbow transforme l’essai avec des succès politiques. Il épouse, Aoife, la fille de Diarmait Mac Murchada et prend le contrôle de Dublin.
Diarmait Mac Murchada meurt peu de temps après. Il incarnera dans le récit nationaliste irlandais la figure du traître qui a invité l’envahisseur anglais. Quant à Henri d’Angleterre, s’il a validé le projet initial, il semble s’être fait dépassée par l’ampleur de celui-ci et par la montée en puissance de certains de ses nobles, Strongbow en tête. Il débarque alors à Dublin en 1171 et la place sous le contrôle direct de la couronne d’Angleterre. C’est en définitivement fini pour la Dublin viking.
L’héritage viking en Irlande
Les vikings ont laissé un héritage considérable de leurs trois siècles de présence en Irlande. Ils ont fondé les villes de Limerick, Waterford, Wexford, peut-être Cork, et évidemment l’actuelle capitale irlandaise, Dublin. Dublin qu’ils ont transformé en lieu phare du commerce international. Les premières pièces de monnaies fabriquées en Irlande l’ont été à Dublin sous le règne de Sitric à la barbe de soie. Les Scandinaves ont amené en Irlande de nouveaux styles artistiques, de nouveaux outils, de nouvelles tendances vestimentaires. Ils ont amené à l’Irlande de nouvelles technologies dans la construction navale et dans la fabrication d’armes, grâce à des artisans talentueux.
Voilà pour cet épisode consacré à Dublin, comptoir viking, à la croisée du monde scandinave et de l’Irlande médiévale. Si vous avez apprécié ce voyage dans le temps, le moyen le plus simple de soutenir ce podcast indépendant, c’est de vous abonner à La Dent Bleue sur votre plateforme d’écoute. Et si vous connaissez des personnes qui aiment l’Irlande, l’Histoire ou les vikings, n’hésitez pas à leur partager cet épisode : ensemble, faisons connaître Brian Boru et autre Sitric à la barbe de soie !
C’était Maxime Courtoison pour le… Oh mais attendez, je vous avais promis quelque chose. Un projet lié au Nord. Au moment où je publie cet épisode, je partirai quelques jours plus tard, le 29 décembre 2025, vers le Grand Nord finlandais, pour une expédition arctique avec mon ami Valentin Chapalain. Tous les deux, chaussés de skis et armés de notre courage, nous braverons le froid de la Nuit polaire pour quinze jours d’autonomie totale. Nous tracterons chacun une pulka, sorte de petit traineau dans lequel nous aurons notre tente, nos trente kilos de nourriture et tout notre équipement. Nous sommes tous deux des aventuriers expérimentés, mais nous n’avons aucune expérience de ce type d’expédition. Cela fait des mois que nous préparons le voyage et c’est notamment pour cela que l’épisode a mis tant de temps à sortir. Y arriverons-nous ? Il n’y a qu’en essayant que nous saurons. Pour avoir quelques nouvelles de l’aventure, si nous avons du réseau, vous pouvez suivre nos comptes sur les réseaux sociaux : La Dent Bleue et Courir le monde. Les liens sont dans la description.
C’était Maxime Courtoison pour le podcast La Dent Bleue, l’histoire des vikings. Merci pour votre écoute et à bientôt !
Bibliographie
Une bibliographie très légère pour cet épisode, comme annoncé !
Crédits
- Image centrale du logo de l’épisode : Dublinia Museum
- « Heavy Interlude » de Kevin MacLeod. (http://incompetech.com/music/royalty-free/index.html?isrc=USUAN1100515). Licence Creative Commons Attribution 4.0. http://creativecommons.org/licenses/by/4.0/
- « Devastation and Revenge » Kevin MacLeod (incompetech.com) Licensed under reative Commons: By Attribution 4.0 License http://creativecommons.org/licenses/by/4.0/
- Battle Ground Movement, Bibliothèque audio Youtube
- Battle Intimidation Loud, Bibliothèque audio Youtube
- Wild Battle Crowd Approach, Bibliothèque audio Youtube
- Harpe : Pixabay, MountainDweller
- Fatal (2010)
- Eye of the tiger, Survivor (1982)
- Gad Elmaleh, L’autre c’est moi
- Boxing Bell Sound Effect
- Viking horn : SoundX Gallery
- Medieval war : SoundofTime



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